Pour en finir avec le “French Bashing”

 Dans la ligne d’optimisme que nous avons résolu d’adopter, un billet pour en finir avec le “French Bashing”, cette curieuse habitude française de se tirer une balle dans le pied… un article de Laurent Cligny…

Au début de l’été 2017, Impulsion 3000 a participé à une conférence sur le thème du “French Bashing”. les propos ci-dessous sont largement inspirés de l’intervention de Fabrice Cavarretta (son livre) (son site).

Parmi tous les propos, articles, éditoriaux qui parlent des défauts de la France et des français, nous relevons 3 familles d’arguments :

  1. La France décline, et hier nous étions plus forts qu’aujourd’hui. Et c’est vrai que si l’on se souvient de la domination que nous avons pu exercer sur le monde sous Louis XIV, l’influence des Lumières du 17eme siècle, l’empire de Napoléon 1er, l’empire colonial et notre puissance industrielle au 19eme siècle, et jusqu’à l’action géopolitique du Général de Gaulle, la comparaison avec l’époque actuelle est sans appel.
  1. Notre administration, et les impôts, charges et taxes qui en découlent, sclérosent le pays. Les lourdeurs de nos lois, règlements, codes paralysent toutes tentatives d’innovation, de progrès, de prise de risque, de « destruction créatrice ».
  1. Nous avons un mauvais rapport à l’argent. En France, le riche, le banquier, le financier, celui qui vend, qui gagne de l’argent, est foncièrement détestable, en opposition à, par exemple, l’ouvrier qui se lève tôt, l’ingénieur qui construit, le médecin qui sauve, l’artiste qui crée. L’un de nos héros les plus « gaulois », Cyrano de Bergerac, ne meurt-il pas en s’écriant « et c’est encore plus beau lorsque c’est inutile ! ».

A cela on peut légitimement répondre point par point :

  • Sur la France qui décline : Ne serait-ce pas plutôt les autres pays qui, heureusement, progressent ? L’histoire universelle est ainsi faite : On ne va pas demain reconstruire un empire colonial, le Franc-or et la ligne Maginot. Nos ex-colonies ont pris leur indépendance et c’est tant mieux. Les italiens ont probablement, eux aussi, la nostalgie de l’empire romain, les égyptiens regrettent le temps des pharaons, et le seul empire qui reste aujourd’hui, celui de l’hyperpuissance USA, est fortement contesté dans beaucoup de parties du monde. A l’inverse, et pour comparer avec les autres pays, pouvons-nous observer ailleurs dans le monde une communauté de 70 millions de personnes, avec notre niveau de pouvoir d’achat, de démocratie, de stabilité politique et sociale, dotée d’une force de dissuasion nucléaire, munie d’un droit de veto à l’ONU, etc ?

2) Sur les pouvoirs publics : On ne niera pas que les circuits administratifs sont améliorables. Cependant il ne faut pas négliger deux points : D’une part, la pression fiscale en France est la contrepartie d’un service public rendu gratuitement, souvent de manière invisible et impalpable pour nos concitoyens. Les trains qui arrivent à l’heure, les prestations sociales versées régulièrement n’intéressent personne. D’autre part, la tradition de la loi écrite héritée du droit romain rend nos textes de lois lourds et éventuellement chargés de paradoxes, certes, mais les procédures de résolutions de conflits mises en place ailleurs, où cette tradition n’a pas cours, ne sont pas non plus sans défaut, et nous reviendrons sur ces points en détail plus loin.

3) Sur le rapport à l’argent : C’est effectivement un point de la culture française qui nous distingue. Peut-être est-ce une rémanence de notre culture catholique, la colère de Jésus contre les Marchands du Temple ? Mais cela est en train de changer, et les opérations « altruistes » des « nouveaux riches » en sont des exemples très actuels (nous faisons allusion ici aux initiatives d’un Xavier Niel ou d’un Bernard Arnault en matière d’éducation et de mécénat, initiatives qui répondent probablement en partie au besoin de visibilité et de notoriété de leurs auteurs, mais qui ont quand même le mérite d’exister).

Après ces propos généraux, concentrons-nous sur l’aspect « entrepreneurs » des choses. A écouter les donneurs de leçons, il faudrait encourager les startups comme en Israël, favoriser les ETI comme en Allemagne, et adapter le système éducatif au besoin des entreprises comme en Corée du Sud. Ceux-là oublient que l’Allemagne est loin derrière nous sur le chapitre du soutien aux startups, voire de l’innovation en général, et l’importance de Tsahal, l’armée israélienne, dans le soutien financier apporté à l’avance technologique en Israël. En réalité, il y a une corrélation très claire entre la vigueur de l’écosystème des startups dans un pays, et l’importance du secteur économique Défense/Spatial dans ce pays. Pas étonnant qu’au CES de Las Vegas, les 3 plus grosses nations représentées soit les USA, Israël et la France !

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de dysfonctionnements en France.

Par exemple, le dispositif du Crédit d’Impôt Recherche, qui est censé alléger les coûts de R&D des entreprises françaises : pour en bénéficier, le dossier à remplir fait environ 120 pages, et le fonctionnaire qui valide ledit dossier est notoirement plus aguerri aux questions de formes qu’aux options stratégiques du business évoqué. Pour une PME, c’est un obstacle insurmontable, mais pour un Thalès ou un Renault, c’est une broutille. Et ce dispositif, conçu pour aider les petits, se retrouve en dépassement de budget, siphonné qu’il est par des multinationales qui n’en avaient pas réellement un besoin vital.

Autre exemple, il a été prouvé par des études parlementaires documentées, que les multinationales américaines, comme Google et Facebook, sont douées d’une imagination débordante pour bénéficier des infrastructures françaises, ingénieurs bien formés, internautes surfant en haut débit sur l’infrastructure réseau de l’ex-opérateur national, etc. mais aussi pour échapper à l’impôt en France et en Europe. Amazon semble plus « citoyen » : la France, avec ses trains qui arrivent à l’heure, sa Poste qui livre les colis partout, ses retraités qui ont du pouvoir d’achat, est un marché de rêve pour un site e-commerce, et tout cela grâce à la pression fiscale élevée qui a financé et finance encore les retraites et La Poste. Pragmatiquement, cette firme a compris qu’elle devait aussi investir, et elle emploie aujourd’hui plusieurs milliers de salariés sur ses sites français.

Revenons également sur les lourdeurs du code du travail. Mais quelles sont les alternatives ? Les personnes qui se plaignent du fonctionnement des prud’hommes (et certes, il y a des choses à dire là-dessus) ont-ils déjà vu à l’œuvre un avocat new-yorkais ? Celui-ci est capable de lancer une campagne de dénigrement d’une entreprise à la télévision, et de réclamer 10 millions de US$ de dommages pour son client, licencié injustement ? Un droit du travail plus simple, plus flou, moins détaillé, c’est laisser la justice se saisir de la résolution des conflits, et tomber de Charybde en Scylla. Sans parler de la troisième voie, encore en vigueur dans nombre de pays : la corruption des arbitres et/ou la loi du plus fort.

Voyons maintenant l’influence de la règlementation sur les affaires. Comparons les filières agro-alimentaires du vin, très réglementées, et du porc, beaucoup plus libérales. Dans le premier cas, le producteur ne peut pas faire ce qu’il veut, mais c’est un gage de qualité pour les consommateurs : Une AOC, un cépage, le nom d’un château permettent de garantir une qualité constante, et de là, travailler une histoire, construire une marque, produire de la valeur ajoutée et défendre son prix. Dans l’autre cas, quand le seul critère est le prix du kilo, l’ensemble de la filière est tirée vers le bas et vers l’échec industriel, puis social.

Allez en Slovénie, dites que vous êtes français, et écoutez les slovènes évoquer Montesquieu, Napoléon et De Gaulle. Seriez-vous capable de citer ne serait-ce qu’un seul slovène célèbre ? En excursion dans l’arrière-pays grec il y a quelques mois, dans une taverne oubliée des circuits touristiques, l’auteur de ces lignes a laissé percevoir sa nationalité française. Spontanément, deux clients autochtones se sont mis à chanter La Marseillaise. Vous connaissez l’hymne national grec par cœur, vous ?

D’après une phrase fameuse que certains attribuent à Churchill, et d’autres à Kennedy, “avant de demander ce que le pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le pays”. Alors cessons de geindre, et agissons!

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